Vous avez des fourmillements dans l'annulaire et l'auriculaire, aggravés quand vous pliez le coude ou posez la tête dans votre main ? Cette description caractéristique correspond au syndrome du canal cubital — la deuxième neuropathie par compression la plus fréquente du membre supérieur après le canal carpien, touchant le nerf ulnaire (ou cubital) au niveau du coude.

Anatomie : le nerf ulnaire au coude

Le nerf ulnaire (anciennement appelé nerf cubital) est l'un des trois nerfs principaux du membre supérieur. Au niveau du coude, il passe dans un tunnel osseux situé à la face médiale (interne) du coude : le canal cubital (ou gouttière épitrochléo-olécranienne). C'est ce nerf que vous stimulez douloureusement quand vous vous cognez le "petit os" du coude.

Dans ce canal, le nerf est superficiel et peu protégé. Il innerve :

  • Sensibilité : le bord interne de la main, l'annulaire (moitié ulnaire) et l'auriculaire
  • Motricité : muscles intrinsèques de la main (interosseux, hypothénar) et fléchisseur ulnaire du carpe

Pourquoi le nerf est-il comprimé ?

Plusieurs mécanismes peuvent comprimer le nerf ulnaire au coude :

  • Flexion répétée ou prolongée du coude : lors de la flexion, le tunnel se rétrécit et le nerf est mis en tension. Travailler avec le coude fléchi prolongé (téléphone, ordinateur, conduite), dormir avec le bras plié
  • Appui répété sur la face interne du coude : menuisiers, musiciens, personnes travaillant accoudées
  • Séquelles de fractures ou d'arthrose du coude modifiant la morphologie du canal
  • Subluxation du nerf (il saute en avant de l'épitrochlée lors de la flexion)
  • Épaississement du ligament arciforme

Symptômes du syndrome du canal cubital

  • Fourmillements et engourdissements dans l'annulaire (moitié ulnaire) et l'auriculaire, aggravés en pliant le coude
  • Douleur à la face interne du coude, irradiant vers la main
  • Aggravation nocturne (bras plié pendant le sommeil)
  • Dans les formes évoluées : faiblesse de la pince (pouce-index), difficulté à écarter les doigts
  • Signe de Wartenberg : auriculaire spontanément écarté
  • Amyotrophie de la loge hypothénar et des espaces interosseux (creusement visible entre les métacarpes)
  • Main en griffe (déformation caractéristique des stades avancés)

Diagnostic

Le diagnostic est clinique, confirmé par :

  • Test de flexion du coude : flexion complète du coude pendant 60 secondes reproduisant les fourmillements
  • Signe de Tinel au coude : percussion de la gouttière épitrochléo-olécranienne provoquant des fourmillements dans l'auriculaire
  • Électromyogramme (EMG) : confirme la compression et en mesure la sévérité. Ralentissement de la vitesse de conduction au niveau du coude.
  • Échographie du nerf ulnaire au coude : visualise le nerf épaissi, une subluxation

Traitements

Traitement médical (formes légères)

  • Attelle de coude nocturne en légère flexion (30-40°) : prévient la flexion complète nocturne
  • Correction des facteurs de risque : éviter les appuis, adapter le poste de travail
  • Anti-inflammatoires sur courte durée
  • Efficace dans 40-60 % des formes légères à modérées

Chirurgie

Indiquée en cas d'échec du traitement médical, de forme sévère avec déficit moteur ou sensitif, ou d'amyotrophie. Le Dr OCA propose :

  • Décompression simple du nerf au niveau du canal cubital : section du ligament arcade de Struthers et du rétinaculum. Technique simple, réservée aux compressions pures sans subluxation.
  • Transposition antérieure du nerf ulnaire : le nerf est déplacé vers la face antérieure du coude, éliminant l'effet de tension en flexion. C'est la technique la plus utilisée, qui traite à la fois la compression et la subluxation. Sous-cutanée ou intramusculaire selon les cas.
  • Chirurgie ambulatoire, anesthésie locorégionale
  • Durée : 30 à 60 minutes

Récupération

  • Attelle de coude pendant 3 semaines (transposition)
  • Rééducation douce à partir de J21
  • Retour travail bureau : 3 à 4 semaines
  • Retour travail manuel : 6 à 8 semaines
  • Récupération sensitive : plusieurs mois (dépend de la durée de compression)
  • La récupération motrice est plus lente que la sensitive, surtout pour les muscles intrinsèques

En résumé

  • Le syndrome du canal cubital est la 2e neuropathie compressive la plus fréquente
  • Fourmillements annulaire-auriculaire aggravés coude fléchi : signe caractéristique
  • L'EMG confirme le diagnostic et guide le traitement
  • L'attelle nocturne suffit dans 40-60 % des cas légers
  • La transposition du nerf ulnaire est l'intervention chirurgicale de référence