Vous souffrez de douleurs persistantes sur la face latérale du bras, sans que les examens ne trouvent rien d'anormal ? Ce tableau, souvent étiqueté à tort « épicondylite haute » ou confondu avec une compression du nerf radial au niveau du cou, peut cacher le syndrome LIS — une compression méconnue mais bien réelle du nerf radial au niveau du septum intermusculaire latéral. Comprendre cette pathologie, c'est souvent mettre fin à des années d'errance diagnostique.
Qu'est-ce que le Septum Intermusculaire Latéral ?
Le bras est divisé en deux loges musculaires bien distinctes par des cloisons fibreuses appelées septa intermusculaires. Le septum intermusculaire latéral (LIS) est une lame aponévrotique tendue entre l'humérus et le fascia brachial superficiel. Il sépare la loge antérieure du bras — où se trouvent les muscles fléchisseurs, dont le biceps — de la loge postérieure, qui héberge le triceps.
Le nerf radial suit un trajet particulièrement exposé : il chemine dans le canal spiral de l'humérus, autour de la diaphyse humérale, avant de perforer le septum intermusculaire latéral pour passer de la loge postérieure à la loge antérieure du bras. C'est précisément à ce point de passage que le nerf peut être comprimé, irrité ou engainé dans du tissu fibreux, donnant naissance au syndrome LIS.
Cette zone de transition, située à environ 10 cm au-dessus de l'épicondyle latéral, est anatomiquement étroite. Toute hypertrophie musculaire, toute modification du tissu conjonctif environnant ou tout traumatisme répété peut transformer ce passage physiologique en véritable piège pour le nerf radial.
Mécanisme de compression
Contrairement à d'autres compressions nerveuses liées à des postures statiques prolongées, le syndrome LIS est le plus souvent provoqué par des sollicitations dynamiques et répétitives du membre supérieur. Les mouvements en cause sont principalement :
- La flexion-extension répétitive du coude sous charge, comme en musculation (développé couché, curl biceps)
- Les gestes professionnels impliquant une forte contraction des muscles de la loge antérieure — maçonnerie, plomberie, charpente
- Les sports de raquette ou de lancer où le bras travaille intensément en alternance entre flexion et extension
- Un traumatisme direct sur la face latérale du bras, même ancien
Le mécanisme est mécanique : lors de la contraction des muscles des deux loges, le septum intermusculaire latéral se tend comme une corde d'arc. Le nerf radial, coincé à son point de traversée, subit des contraintes de traction et de compression répétées qui finissent par provoquer une inflammation péri-nerveuse, puis une fibrose locale. Plus l'activité est intensive, plus ce phénomène s'installe progressivement.
Symptômes du syndrome LIS
La présentation clinique du syndrome LIS est relativement caractéristique pour qui la connaît, mais elle est facilement trompeuse pour qui n'y pense pas :
- Douleur de la face latérale du bras, typiquement à mi-bras, parfois irradiant vers l'avant-bras ou l'épaule
- Aggravation nette lors de la flexion contrariée du coude — c'est-à-dire quand le patient fléchit le coude contre résistance, ce qui met en tension simultanée les deux loges musculaires et le septum
- Paresthésies intermittentes sur le dos de la main et des trois premiers rayons, correspondant au territoire sensitif du nerf radial superficiel
- Douleur reproductible à la pression directe sur le trajet du nerf radial au niveau du point de traversée du LIS
- Absence de déficit moteur franc dans les formes habituelles — la compression est irritative et non paralysante
Ce tableau peut ressembler de près à une épicondylite latérale haute ou à une compression proximale du nerf radial, d'où l'importance d'un examen clinique orienté.
Diagnostic clinique — la triade de Haeger
Le diagnostic du syndrome LIS est essentiellement clinique. Il repose sur la triade décrite par Haeger, qui réunit trois manœuvres provoquant une reproduction de la douleur :
- La pression directe sur le nerf radial au niveau du point de traversée du LIS, à la face latérale du bras, environ 10 cm au-dessus de l'épicondyle — cette pression doit reproduire la douleur habituelle du patient
- La manœuvre de tension du nerf radial — extension du coude avec flexion palmaire du poignet et déviation cubitale, pour mettre le nerf en tension sur toute sa longueur
- Le test de résistance à la flexion du coude — flexion contre résistance qui contracte simultanément les muscles des deux loges, tendant le septum et comprimant le nerf
La positivité de ces trois manœuvres, dans un contexte clinique évocateur, est suffisante pour poser le diagnostic. Aucun examen complémentaire n'est indispensable pour initier la prise en charge, même si l'IRM peut parfois confirmer une anomalie du signal péri-nerveux.
EMG et IRM normaux — pourquoi ?
C'est l'un des points qui désarçonne souvent les patients — et parfois leurs médecins : dans le syndrome LIS, l'électromyogramme (EMG) est le plus souvent normal, tout comme l'IRM standard. Comment est-ce possible si le nerf souffre vraiment ?
La réponse tient à la nature de la compression. Dans le syndrome LIS, il s'agit d'une irritation mécanique périodique du nerf radial, sans altération permanente de la conduction nerveuse. L'EMG mesure la vitesse de conduction et l'amplitude des potentiels d'action au repos et lors d'une stimulation standardisée — il n'est pas conçu pour détecter une compression dynamique, qui ne s'exprime que lors des mouvements spécifiques. De la même façon, l'IRM réalisée en position statique ne capture pas le phénomène de compression qui survient en dynamique.
Ce point est fondamental : un EMG normal ne doit pas conduire à rejeter le diagnostic de syndrome LIS. C'est la clinique qui prime, et c'est l'expérience du chirurgien dans ce domaine — la dynervologie — qui permet de ne pas passer à côté.
Traitement conservateur puis chirurgical
La prise en charge du syndrome LIS suit une progression logique :
En première intention — traitement conservateur :
- Modification des activités : éviter temporairement les gestes déclenchants
- Anti-inflammatoires per os ou en application locale
- Kinésithérapie douce : étirements du septum intermusculaire, travail proprioceptif
- Infiltration péri-nerveuse guidée (écho ou scanner) dans certains cas résistants
En deuxième intention — chirurgie : lorsque le traitement conservateur bien conduit pendant 3 à 6 mois échoue, la libération chirurgicale du nerf radial au niveau du LIS est proposée. L'intervention consiste en une section du septum intermusculaire latéral, libérant le nerf de son point de compression. Elle se réalise sous anesthésie locale WALANT (Wide Awake Local Anesthesia No Tourniquet), sans garrot ni anesthésie générale, en ambulatoire avec retour à domicile le jour même. L'incision est courte, la durée de l'intervention est de l'ordre de 30 à 45 minutes, et la récupération est rapide.
LIS vs épicondylite vs tunnel radial (STR) : les différences clés
| Critère | Syndrome LIS | Épicondylite | Tunnel radial (STR) |
|---|---|---|---|
| Localisation douleur | Mi-bras, face latérale | Épicondyle latéral | Avant-bras proximal |
| Structure atteinte | Nerf radial (LIS) | Tendon extenseurs | Nerf radial (arcade Frohse) |
| EMG | Normal | Normal | Normal ou perturbé |
| Test clé | Triade de Haeger | Signe de Cozen | Test du doigt du milieu |
| Traitement chir. | Section du LIS | Débridement tendineux | Libération arcade Frohse |
En résumé
- Le syndrome LIS est une compression du nerf radial au niveau du septum intermusculaire latéral du bras, souvent confondue avec une épicondylite haute ou une atteinte cervicale.
- Les douleurs siègent à la face latérale du bras et sont aggravées par la flexion contrariée du coude.
- L'EMG et l'IRM sont typiquement normaux : c'est le diagnostic clinique (triade de Haeger) qui prime.
- Après échec du traitement conservateur, la section chirurgicale du LIS sous anesthésie WALANT, en ambulatoire, donne d'excellents résultats.
- Une prise en charge spécialisée en dynervologie est indispensable pour ne pas méconnaître ce diagnostic.